Syndrome de l’imposteur : comment les sportif(ve)s et les dirigeant(e)s s’en libèrent
Marie Mazières, préparatrice mentale ·

Au programme
1. C’est quoi ? 2. Chez les sportif(ve)s 3. Chez les dirigeant(e)s 4. Pourquoi il touche ceux qui réussissent 5. 5 clés pour s’en libérer 6. À retenirL’essentiel en 30 secondes
Le syndrome de l’imposteur, c’est le sentiment de devoir sa réussite à la chance, avec la peur d’être « démasqué(e) ». Il touche souvent des personnes qui réussissent, femmes et hommes. Bonne nouvelle : on apprend à changer sa relation à ce sentiment.
Vous venez de signer un gros contrat, de remporter une compétition, d’obtenir une promotion.
Et au lieu de savourer, une petite voix s’installe : « J’ai eu de la chance. Les autres vont finir par s’en rendre compte. »
Ce sentiment a un nom : le syndrome de l’imposteur.
1. C’est quoi, le syndrome de l’imposteur ?
Le concept a été décrit en 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes. Elles l’ont d’abord observé chez des femmes brillantes, convaincues de devoir leur réussite à la chance ou à une erreur d’appréciation (Clance et Imes, 1978).
Depuis, les recherches montrent qu’il touche aussi les hommes. Selon une grande revue de la littérature, sa fréquence varie de 9 % à 82 % selon les groupes étudiés et les outils de mesure (Bravata et al., 2020).
C’est une façon de lire les informations sur soi : les réussites paraissent petites, les manques paraissent grands. Et ça se travaille.
2. Chez les sportif(ve)s
Sur le terrain, il prend souvent ces formes :
❌ Attribuer ses victoires à la chance : « J’ai eu un bon tirage », « L’adversaire était dans un mauvais jour ».
❌ Minimiser ses performances : « Ça ne compte pas vraiment, ce n’était pas la grande compétition ».
❌ Une forte appréhension avant les grands rendez-vous : la peur d’être « exposé(e) », bien plus que celle de rater techniquement. Elle peut pousser à se surpréparer, ou au contraire à éviter.
3. Chez les dirigeant(e)s
Chez les dirigeant(e)s et entrepreneur(e)s, il se glisse dans le quotidien :
❌ Facturer en dessous de sa valeur : « Je ne mérite pas ce tarif ».
❌ Minimiser son expertise face à un client, un investisseur ou une équipe.
❌ Hésiter à prendre la parole : « Qui suis-je pour parler de ça ? »
❌ Se comparer en permanence à d’autres, jugé(e)s plus légitimes, en oubliant tout ce que vous avez déjà construit.
4. Pourquoi il touche ceux qui réussissent
Plus vous avancez dans un domaine, plus vous mesurez tout ce qu’il reste à apprendre. Et les personnes ambitieuses se fixent des standards élevés : chaque performance est comparée à ce qu’elle aurait pu être.
Cette exigence est une vraie qualité. Elle devient un frein quand elle oublie de reconnaître honnêtement vos acquis.
5. 5 clés pour s’en libérer
1. Tenez un registre de preuves. Listez vos réussites concrètes, les retours positifs reçus, les compétences acquises. Relisez-les avant les moments à enjeu. Face au doute, rien ne vaut des faits.
2. Distinguez humilité et sous-estimation. L’humilité, c’est savoir qu’on a encore à apprendre. La sous-estimation, c’est oublier ce qu’on sait déjà. Vous pouvez être exigeant(e) et reconnaître ce que vous maîtrisez.
3. Rappelez-vous que vous êtes en bonne compagnie. Ce sentiment est fréquent chez des personnes qui réussissent. Le savoir le remet à sa juste place : vous fonctionnez comme beaucoup de gens ambitieux.
4. Apprenez à accueillir vos succès. Prenez le temps de célébrer une réussite, et d’en chercher les vraies causes : votre travail, votre préparation, vos choix.
5. Mettez des mots dessus. Parlez-en à un(e) pair de confiance, à votre préparateur(trice) mental(e), ou écrivez-le dans un carnet. Souvent, vous découvrirez que la personne en face connaît ce sentiment, elle aussi.
À tester ce soir
Écrivez une réussite récente. Puis listez 3 choses que VOUS avez faites pour l’obtenir : un choix, un effort, une compétence. Relisez cette liste avant votre prochain moment à enjeu.
Ce sentiment vous parle ? On peut le travailler ensemble.
Mon Audit 360° offert →6. Ce qu’il faut retenir
Le syndrome de l’imposteur peut accompagner chaque nouveau palier. Ce qui change avec l’entraînement, c’est votre relation à ce sentiment : il vous informe, et c’est vous qui décidez.
Vous devenez quelqu’un qui sait quoi faire de ses doutes.
Et vous, quelle réussite récente avez-vous mise sur le compte de la chance ?
Sources : Clance P. R. et Imes S. A. (1978), « The imposter phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention », Psychotherapy: Theory, Research & Practice. Bravata D. M., Watts S. A., Keefer A. L. et al. (2020), « Prevalence, predictors, and treatment of impostor syndrome: A systematic review », Journal of General Internal Medicine.
Écrit par Marie Mazières
Préparatrice mentale diplômée (Master 2) et accréditée par la Société Française de Psychologie du Sport (SFPS). J’entraîne le mental des sportif(ve)s et des dirigeant(e)s comme celui d’un athlète.
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